La pauvreté en Europe : état des lieux

16,4 % de la population européenne est pauvre. Le taux varie de 9 % en République tchèque à 21,1 % en Roumanie.

L’état des lieux en 2010

16,4 % de la population, soit 80 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté dans l’Union européenne, si l’on prend en compte le seuil à 60 % du revenu médian national, selon les données 2010 (voir encadré). La République tchèque (9 % de la population), les Pays-Bas (10 %), l’Autriche et la Hongrie (12 %) font partie des pays où la pauvreté est la plus faible. Avec un taux à 13,5 %, le niveau de pauvreté en France est également parmi les plus bas d’Europe, juste derrière les pays nordiques (autour de 13 %). Les taux les plus élevés, supérieurs à 20 %, sont observés en Europe de l’Est, en Roumanie et en Bulgarie. L’Espagne et la Grèce présentent des niveaux de pauvreté similaires, de l’ordre de 20 % : ces deux pays sont fortement touchés par la crise économique, et ont vu leur taux de chômage augmenter de manière considérable, notamment chez les plus jeunes. Attention toutefois, les seuils de pauvreté en euros peuvent varier très fortement selon les pays (voir ci-dessous).

En prenant en compte les seuils à 40 et 50 % du revenu médian national, les hiérarchies et les écarts entre les pays sont quelque peu bouleversés. Au seuil de 40 %, le taux de pauvreté du Danemark (5 %) est équivalent à celui du Royaume-Uni (5,5 %) : en proportion, il y a donc autant de « grande pauvreté » dans les deux pays. Cela signifie que l’écart se fait entre les deux pays non pas en bas de l’échelle de la pauvreté, mais pour les familles modestes. L’Espagne affiche le taux le plus élevé d’Europe (9,8 %), tandis que le taux français est identique au taux suédois (3,7 %), l’un des plus faibles du continent. Au seuil de 50 %, l’Espagne fait également partie des pays, avec la Bulgarie et la Roumanie, où la pauvreté est la plus élevée (autour de 15 %). Le taux de pauvreté du Royaume-Uni (9,8 %) est équivalent à la moyenne européenne (10 %), tandis que le taux français (7,4 %) est de peu supérieur à celui observé en Suède (7 %). Le niveau affiché le plus faible est aux Pays-Bas (4,9 %), devant la République tchèque (5,2 %) et la Finlande (5,5 %).

Les seuils de pauvreté en Europe

La pauvreté est mesurée de façon relative au niveau de vie médian de chaque pays. Or les pauvres des pays riches ont des niveaux de vie sans commune mesure avec ceux des pays pauvres. Le Royaume-Uni par exemple enregistre 17 % de pauvres, mais le seuil de pauvreté à 60 % est de 853 euros par mois et par personne contre 176 euros pour la Roumanie, qui compte 21 % de pauvres. Le seuil de pauvreté britannique est 2,8 fois plus élevé que le revenu médian roumain. Ces différents seuils sont calculés en standard de pouvoir d’achat : ils prennent donc en compte les différences de niveaux de vie entre les pays. Les 10 % les plus riches qui vivent en Roumanie feraient partie des 10 % les plus pauvres au Royaume-Uni…

Le seuil pour un taux de pauvreté à 60 % le plus élevé est le seuil autrichien (958 euros par mois), devant les Pays-Bas et la Suède (seuils supérieurs à 900 euros). Le seuil de pauvreté français est parmi les plus élevés (877 euros [1]) tandis que le seuil de pauvreté roumain (176 euros) est le plus bas d’Europe.

Quel seuil de pauvreté choisir ?


Les taux de pauvreté correspondent à une proportion de la population totale qui vit avec un revenu disponible inférieur au seuil de pauvreté. Celui-ci correspond à un pourcentage du revenu médian national, celui qui sépare la population en deux, la moitié recevant moins que ce revenu, l’autre plus.

Le seuil le plus utilisé équivaut à 60 % du revenu médian. Il s’agit d’une convention. Certains estiment que l’utilisation d’un seuil à 50 % est plus représentative, et que celui à 40 % permet de se focaliser sur la grande pauvreté. Pour d’autres, le seuil à 60 % constitue une définition plus large qui permet d’englober une population modeste, qui n’a pas accès à des éléments essentiels.

Pour en savoir plus : voir nos articles « Quel est le bon seuil de pauvreté » et « Huit millions de pauvres, un chiffre exagéré ».

La pauvreté selon le sexe

Dans l’ensemble de l’Union européenne, le taux de pauvreté des femmes est plus élevé que celui des hommes : il est de 17,1 % contre 15,7 % pour les hommes (données 2010). Les écarts de niveaux de pauvreté au détriment des femmes les plus importants s’observent en Roumanie, en Suède, en Autriche ou en Italie (environ trois points de pourcentage). A l’inverse, seule la Hongrie affiche un taux de pauvreté plus important chez les hommes pour un écart assez peu significatif (+ 0,6 point de pourcentage). Le Danemark et la Pologne sont les pays les plus égalitaires (0,3 point de pourcentage d’écart). Avec un écart de niveau de pauvreté de 1,3 point de pourcentage au détriment des femmes, la France se situe au niveau de la moyenne européenne.

La pauvreté selon l’âge

1- Les enfants de moins de 16 ans

20,2 % des enfants de moins de 16 ans sont pauvres en Europe. Les pays du Nord affichent les taux les plus bas, de 10 % pour le Danemark à 12,4 % pour la Suède. En revanche, les taux les plus élevés sont observés en Roumanie (31,3 %), en Bulgarie (26,4 %) ou encore en Espagne (25,3%). Le taux de pauvreté des jeunes de moins de 16 ans est inférieur à la moyenne européenne en France (18,4 %).

Les enfants pauvres ne le sont que parce qu’ils vivent dans une famille pauvre. Soit parce que les revenus de la famille sont faibles (bas salaires, chômage, précarité, temps partiel…), soit parce que les membres de cette famille sont nombreux à se partager un (en cas de famille monoparentale) ou deux revenus. Les Etats qui offrent un niveau de protection social plus élevé réduisent en partie la dépendance de la pauvreté à la situation familiale.

2- Les jeunes adultes

Le taux de pauvreté des personnes âgées de 16 à 24 ans est de 21,6 % en moyenne en Europe, toujours au seuil de 60 %. Les taux les plus faibles sont observés en République tchèque (12,9 %) ou encore en Autriche (13,1 %). Le taux de pauvreté français est supérieur à la moyenne européenne (23,1 %). Essentiellement pour des raisons méthodologiques, les pays du Nord sont en queue de peloton (voir encadré). En revanche, la situation des jeunes en Grèce (27,8 %) est plus préoccupante.

Ces taux sont largement supérieurs aux taux de pauvreté pour tous les âges dans la plupart des pays européens. Cela s’explique notamment par des difficultés à trouver un emploi, et qui plus est un emploi stable : les jeunes ont une probabilité plus grande d’occuper des emplois précaires, à durée déterminée ou à temps partiel, et sont également davantage exposés au chômage. Or, les emplois précaires ont fortement augmenté ces dernières années et le chômage explose dans certains pays (le taux de chômage des jeunes espagnols atteint presque 50 % par exemple...).

Attention toutefois : ces données sont largement discutables, notamment en raison des différences de méthodologie. Certains pays ne prennent pas en compte dans leurs calculs les étudiants, d’autres le font. De plus, les pays à forte proportion étudiante (comme c’est le cas des pays du Nord) et qui les incorporent dans le calcul, affichent mathématiquement des taux de pauvreté importants : les étudiants vivent souvent seuls et on mesure très mal les aides qu’ils reçoivent de leurs parents notamment.

3- Les adultes en âge de travailler

14,8 % des Européens âgés de 25 à 49 ans et 13,5 % de ceux âgés de 50 à 64 ans sont pauvres. Les taux les moins élevés sont observés en République tchèque, aux Pays-Bas ou dans les pays du Nord. En revanche, on retrouve les taux les plus élevés en Roumanie (20,3 %), en Espagne (18,6 %) ou encore en Grèce (18,1 %). Avec des taux de 12,3 % et de 8,4 %, la France fait mieux que la moyenne européenne dans ces deux classes d’âge.

Pour l’ensemble des pays, ces taux de pauvreté sont équivalents aux taux moyens, toutes classes d’âge confondues. Les données sur la pauvreté pour cette catégorie d’âge offrent sans doute le meilleur aperçu de la situation en Europe, moins sensible aux différences de méthodologie. A noter notamment que le taux de pauvreté en Bulgarie est aujourd’hui moins important que dans des pays comme la Grèce, l’Espagne, pays fortement touchés par la crise, voire même l’Italie, même si les seuils de pauvreté sont tout de même très différents.

4- Les personnes âgées

15,9 % des Européens âgés de 65 ans ou plus sont pauvres. C’est en Hongrie que le taux est le plus faible (4,1 %), devant les Pays-Bas (5,9 %) et la République tchèque (6,8 %). Le taux de pauvreté français est aussi parmi les plus bas d’Europe (9,7 %). A l’inverse, les taux les plus élevés sont observés en Bulgarie (32,2 %), soit plus de 10 points de pourcentage que le taux de pauvreté moyen dans ce pays. Les pays du Nord de l’Europe ou encore l’Autriche ont également des écarts importants entre le taux de pauvreté tous âges confondus et le taux des plus âgés. Il est de 21,7 % en Espagne et de 21,4 % au Royaume-Uni.

Le niveau de vie des personnes âgées qui sont à la retraite dépend du niveau de pension qui leur est reversée… Le montant dépend de l’activité professionnelle passée et des niveaux de revenus : celles et ceux qui ont occupé un emploi peu qualifié ou qui ont travaillé à temps partiel, ou ont eu des carrières incomplètes (notamment les femmes) touchent des pensions souvent plus faibles. Tous les pays n’offrent pas le même niveau de pensions aux retraités et notamment de prestations minimales.

La pauvreté selon l’origine

Le taux de pauvreté des immigrés nés hors de l’Union européenne est de 26,9 %, de 22,8 % pour l’ensemble des immigrés, contre 14,8 % pour les Européens qui vivent dans leur pays d’origine. Les écarts selon l’origine les plus importants sont observés en Grèce, en Belgique ou encore en Finlande : l’écart de taux de pauvreté entre les immigrés et les autres oscille autour de 20 points de pourcentage, et entre 25 et 28 points entre les personnes nées hors de l’Union européenne et celles nées dans le pays dans lequel ils vivent. Dans les deux cas, l’écart en France est plus important que l’écart moyen en Europe : 26,8 % des immigrés nés hors d’un pays de l’Union européenne sont pauvres, contre 10,8 % pour les personnes nées en France.

Ces différences s’expliquent par de très nombreux facteurs. Dans certains pays, une partie des emplois sont interdits aux étrangers, ce que sont la plupart des immigrés (exceptés ceux qui ont été naturalisés). Les migrants des différents pays ne sont pas de même origine sociale, ou de même âge moyen : ainsi les immigrés vivant en France sont en moyenne moins qualifiés, par exemple. Enfin, les conditions d’accès à la protection sociale en fonction de la nationalité diffèrent selon les pays.

La pauvreté selon le type de ménage

Les ménages les plus concernés par la pauvreté en Europe sont les familles monoparentales : 36,9 % des ménages de ce type sont touchés par la pauvreté en 2010. 26 % des ménages comprenant deux adultes avec trois enfants ou plus à charge sont pauvres, comme 25 % des personnes vivant seules, 14,9 % des ménages comprenant deux adultes avec deux enfants dépendants, et enfin 11,3 % pour deux adultes sans enfant.

Les taux de pauvreté les plus faibles pour les familles monoparentales sont observés au Danemark (20 %) et en Finlande (22 %). Avec un taux estimé à 35,7 %, la France se situe juste en dessous de la moyenne européenne. La Bulgarie (42,3 %), l’Allemagne (43 %) et l’Espagne (45,5 %) ferment la marche. Selon le type de ménage considéré, les écarts entre les pays peuvent être extrêmement importants : le taux de pauvreté pour les ménages comprenant deux adultes et trois enfants ou plus à charge atteint 65,2 % en Bulgarie et 60,4 % en Roumanie. Ce même taux est à peine supérieur à 11 % au Danemark et en Finlande.

L’importance du taux de pauvreté des familles monoparentales résulte du fait que leurs ressources reposent sur un seul revenu d’activité, qui se partage entre les membres de la famille. Mais là aussi, selon le niveau de protection sociale, les pays compensent partiellement cette situation.

La fiabilité des données européennes en question

Les données présentées ici sont proposées par Eurostat, l’organisme statistique officiel européen. Pour pouvoir comparer les pays, un outil commun d’enquêtes statistiques a été mis en place, nommé EU-SILC (European Union Statistics on Income and Living Conditions, Statistiques de l’Union européenne sur le revenu et les conditions de vie).

Mais cet outil est encore très perfectible, rendant discutable de telles comparaisons. Le problème principal tient au fait que deux méthodologies différentes sont appliquées pour recueillir les informations. Un premier groupe de pays (en particulier les pays du Nord de l’Europe) recueille les informations grâce à des registres administratifs, tandis qu’un second groupe (dans lequel on retrouve la France) les obtient grâce à des enquêtes et des interviews, soit par courrier, soit par téléphone. Dans tous les cas, les pays s’appuient sur des échantillons représentatifs de la population. Mais là encore, les moyens utilisés pour déterminer ces échantillons varient.

Des difficultés spécifiques à certaines tranches de la population viennent s’ajouter. C’est le cas par exemple pour les jeunes âgés de 16 à 24 ans. On mesure très mal les transferts internes à la famille, c’est-à-dire l’aide fournie par les parents pour que leurs enfants achèvent leurs études ou trouvent un premier travail… Certains pays ne comptabilisent pas les étudiants, tandis que d’autres les prennent en compte. C’est la raison pour laquelle le Danemark affiche le taux de pauvreté le plus élevé d’Europe pour cette tranche d’âge (32,2 %) : les étudiants sont pris en compte sans que les transferts internes à la famille puissent être bien déterminés…

Ces différences de méthodologie réduisent la pertinence des comparaisons entre les pays en Europe. Les écarts faibles entre pays ne sont donc pas représentatifs. Mais ces comparaisons restent utiles car elles offrent un aperçu global des inégalités entre les populations européennes, notamment entre les nouveaux membres (de l’Est de l’Europe) et les autres.

Notes

[1Ce seuil ne correspond pas au seuil calculé par l’Insee, estimé à 954 euros pour l’année 2009. Cette différence s’explique par une différence de méthodes : l’Insee s’appuie sur les enquêtes fiscales, tandis qu’Eurostat procède à une enquête.


Photo : Benedetta Alosi


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26 janvier 2012

Thèmes : • Conditions de vie • Pauvreté • Conditions de vie • Conditions de vie

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