L’évolution des inégalités de revenus en Hongrie

L’évolution des inégalités de revenus en Hongrie constraste avec celle observée dans les autres ex pays communistes. Une analyse de Márton Medgyesi de Tárki, organisation hongroise membre du réseau européen sur les inégalités, Inequality Watch.

Selon le dernier rapport de l’Organisation de coopération et de de développement économiques (OCDE) [1], la Hongrie – à l’instar de la France et de la Belgique – fait partie du groupe de pays dans lesquels les inégalités de revenus sont restées stables au sein de la période étudiée (du milieu des années 1980 à la fin des années 2000, voir notre article). La Hongrie présente-t-elle un visage différent des anciens pays socialistes, où les inégalités de revenus ont augmenté durant la même période ? Notre analyse des inégalités de revenus est ici fondée sur des séries de temps longues et différentes phases de la période vont être comparées.

La société hongroise a enduré des changements profonds durant les deux dernières décennies. En 1990, le pays a débuté un long processus de transition vers une économie de marché et un système politique démocratique. Les inégalités de revenus disponibles des ménages ont augmenté de manière significative de 1990 à 1995, mais sans lien évident avec la transition : elles augmentaient déjà durant les années 1980. L’indice de Gini [2] s’est accru, passant d’un niveau proche de celui des pays scandinaves vers un niveau équivalent à ceux de la France ou de l’Allemagne (autour de 0,30) en 1995 (voir le graphique ci-dessous). Le début des années 1990 s’est caractérisé par des changements rapides et profonds de la structure de l’économie. Les échanges commerciaux avec les pays voisins de l’Est ont été stoppés, et les très grosses entreprises nationales ont fait faillite et ont été démantelées. Cette période a été caractérisée par un déclin massif de l’emploi et une chute du Produit intérieur brut du pays entre 1990 et 1993.

Entre 1997 et 2006, la croissance est revenue. Le Pib a progressé de 4 % par an en moyenne environ. L’afflux d’investissements étrangers directs a entraîné une modernisation de la production, augmentant la demande de main-d’œuvre des jeunes diplômés, tandis que les perspectives d’emploi des personnes moins éduquées et plus âgées se sont dégradées. Les inégalités de salaires ont continué d’augmenter, mais les inégalités de revenus disponibles des ménages ont peu évolué durant ces années. Entre 2003 et 2007, on observe même un déclin modéré des inégalités globales de revenus. Les politiques de redistribution ont joué un rôle significatif dans cette évolution, en augmentant tout d’abord les transferts vers les plus défavorisés de la classe moyenne, et ensuite en augmentant la charge fiscale des plus favorisés de cette même classe moyenne.

L’évolution des inégalités de revenus en Hongrie

Source : Tárki

Les dernières données dont on dispose sont pour l’année 2009, ce qui permet d’analyser les inégalités de revenus durant la première année de la crise économique. La crise pourrait avoir un impact sur les revenus des ménages de différentes manières. L’augmentation du chômage réduit les revenus du travail, l’effondrement des marchés financiers a un impact négatif sur les revenus du capital, tandis que les mesures d’austérité du gouvernement diminuent les transferts sociaux en faveur des ménages et/ou augmente les dettes publiques. Il y a encore un autre effet important pour le niveau de vie des ménages, à savoir l’endettement. L’évolution défavorable des taux de change du Forint depuis la crise qui a éclaté en 2008 a conduit à une augmentation des intérêts et des mensualités des prêts engagés en devises étrangères.

Entre 2007 et 2009 les différents indices d’inégalités semblent prendre des trajectoires différentes : on assiste à une augmentation du rapport interdécile, tandis que l’indice de Gini reste constant. Malgré les résultats contrastés concernant les inégalités, les ménages hongrois pourraient ressentir les effets de la crise. Les indicateurs de niveaux de vie fondés sur une auto-évaluation montrent une augmentation significative de la part de ceux qui affrontent des difficultés financières ou qui n’ont pas la possibilité de payer leurs loyers ou les factures des services publics. Comme on pouvait s’y attendre, les ménages à faibles niveaux de revenus souffrent le plus du fardeau des obligations de remboursement des prêts. Les ménages endettés qui font partie des 20 % les plus pauvres consacrent la part la plus importante de leurs revenus au remboursement de la dette, et ils sont davantage susceptibles de devoir faire face à des arriérés de paiements en raison de difficultés financières.

Notes

[1Organisation de coopération et de développement économiques, Toujours plus d’inégalités : pourquoi les écarts de revenus se creusent ?, Paris, décembre 2011. Un extrait est disponible en ligne sur le site de l’organisation.

[2Le coefficient de Gini fait la comparaison entre la distribution réelle des revenus et une égalité parfaite (chacun a le même revenu). Plus le coefficient est proche de 0 plus la distribution est égalitaire, plus il est proche de 1 plus la distribution est inégale.


Photo : Ludovic Lepeltier


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23 avril 2012

Thèmes : • Europe centrale et orientale • Données de synthèse

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TÁRKI a 25 ans d’expérience dans la recherche empirique en sciences sociales en Hongrie. Les intérêts de recherches de l’organisation englobent un large panel de problématiques en lien avec la stratification sociale, les marchés du travail, la distribution des revenus, les modèles et attitudes de consommation et de styles de vie. TÁRKI travaille dans différents domaines de recherche pour ses partenaires qui incluent diverses agences gouvernementales, fonds de recherche, organisations internationales et compagnies privées hongroises et internationales, mais la recherche en science sociale reste la partie la plus importante de son travail.

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